Par Didier JAFFIOL – Cofondateur du concept de gestion des conflits en milieu professionnel GESIVI®

En matière de formation aux gestes d’autoprotection face à une agression, la pédagogie a profondément évolué ces dix dernières années. L’objectif n’est plus seulement d’enseigner des techniques, des gestes, mais surtout de permettre à chacun de développer des principes simples, réalistes et efficaces.

De la conformité à l’efficacité

Pendant longtemps, les formations accordaient une importance majeure à la parfaite exécution des gestes. Chaque mouvement devait être reproduit avec précision. Beaucoup de disciplines travaillaient de manière stéréotypée : « il vous attaque comme cela ; agissez ainsi ».

Aujourd’hui, la logique est différente. Ce qui compte avant tout, c’est la capacité de la personne à agir lorsqu’elle est confrontée à une situation de violence. Un geste imparfait mais efficace vaut mieux qu’une technique parfaite… souvent impossible à reproduire sous l’effet du stress.

L’objectif du formateur est désormais de laisser aux participants un souvenir positif de leur formation. Ils doivent repartir avec une conviction simple :

« À mon modeste niveau, je suis capable d’agir. »

Cette approche vise à rassurer plutôt qu’à impressionner. Au placard, les démonstrations techniques plus axées sur la prestation scénique et esthétique et qui ne sont réalisables que sur un tatamis…

Simplifier pour mieux agir

La principale mission du formateur consiste à rendre les messages accessibles.

Pendant des années, certaines formations ont multiplié les techniques complexes, notamment face aux agressions au couteau, cherchant parfois à se distinguer par leur sophistication. Or ces techniques sont souvent impossibles à reproduire dans une situation réelle.

À l’inverse, une pédagogie moderne privilégie des principes simples, facilement mémorisables et rapidement mobilisables.

Il est également essentiel d’éviter une communication anxiogène. Décrire sans cesse des scénarios catastrophiques ou dramatiques peut produire l’effet inverse de celui recherché : les participants se disent alors : « C’est trop compliqué, trop risqué !… je n’y arriverai jamais ! »

Former sans faire peur, c’est donner confiance sans nier la réalité.

Comprendre le stress pour mieux le gérer

Lors d’une initiation de quelques heures aux Gestes de Défense Citoyenne (GDC®), il est souvent plus utile d’expliquer simplement le fonctionnement du stress que d’accumuler les techniques.

Le stress est une réaction normale. La peur, la colère ou la sidération le sont tout autant. Comprendre ces mécanismes permet aux participants de ne plus considérer leurs réactions comme des faiblesses mais comme des réponses naturelles de l’organisme.

Cette connaissance constitue souvent le premier pas vers une meilleure capacité d’action.

Des participants déjà informés

Une autre évolution majeure concerne le profil des stagiaires.

Aujourd’hui, rares sont les personnes qui découvrent totalement le sujet de la violence. Entre les réseaux sociaux, les vidéos, les films, les témoignages ou les émissions spécialisées, chacun arrive avec des représentations, parfois justes, parfois erronées par des représentations et des biais cognitifs.

Le rôle du formateur n’est donc plus uniquement de transmettre un savoir, mais de structurer les connaissances existantes, corriger les idées reçues et développer le discernement. Déconstruire les mythes, réorienter les savoirs.

Une pédagogie plus souple

Les équipes pédagogiques disposent aujourd’hui d’une plus grande liberté dans leur manière d’enseigner.

À condition de respecter les objectifs pédagogiques, plusieurs chemins sont possibles : jeux pédagogiques, mises en situation progressives, vidéos, réalité virtuelle, systèmes connectés ou outils numériques peuvent enrichir les apprentissages.

Ces innovations n’ont cependant qu’un seul objectif : rapprocher la formation des réalités du terrain afin que chacun puisse réagir avec efficacité lorsqu’il en aura besoin.

Former rapidement à l’essentiel

Cette évolution a également conduit à repenser la durée des formations.

L’association CIVIS, en complément de GESIVI est née de cette volonté de permettre au grand public, notamment aux femmes et aux jeunes, d’accéder à une formation d’urgence minimum afin d’acquérir les bases indispensables face à une agression.

Pendant longtemps, il semblait inconcevable d’apprendre à se protéger en quelques heures. La croyance dominante était qu’il fallait pratiquer plusieurs années un art martial ou un sport de combat pour espérer se défendre efficacement.

Le développement du Krav Maga a largement remis en question cette idée en démontrant qu’il était possible d’enseigner rapidement des principes simples et directement opérationnels.

Aujourd’hui encore, certains spécialistes regrettent que cette discipline, conçue à l’origine pour former rapidement des combattants, s’oriente parfois vers une logique de grades et de ceintures, éloignée de sa philosophie initiale.

L’expérience montre pourtant qu’en se concentrant sur les fondamentaux, il est possible, en quelques heures seulement, d’aider une personne à identifier une situation à risque, désamorcer une agression verbale, gérer son stress, se dégager d’une saisie simple et alerter efficacement.

Une pédagogie qui rassure

La pédagogie doit rester bienveillante.

Une personne qui apprend dans un climat de confiance mémorise davantage qu’une personne soumise à un stress permanent.

L’objectif n’est pas de convaincre les participants que « chaque seconde compte » au point de les paniquer, mais de leur apprendre qu’il est parfois préférable de prendre quelques secondes pour observer avant d’agir.

Comme le rappelle Brice Vercelot, ancien formateur de la Police nationale (GIPN – SPHP) et aujourd’hui consultant international :

« Parfois, quatre ou cinq secondes suffisent pour regarder avant d’agir. »

Le discernement constitue souvent la meilleure des protections.

À l’issue de la formation, les participants repartent avec un sentiment nouveau :

« J’ai moins peur. Je comprends que cette peur est normale et je sais que je suis capable de la dépasser ou du moins, d’agir malgré sa présence. »

De la technique à la réalité

Une fois les gestes fondamentaux acquis, il est indispensable de les confronter à des mises en situation réalistes.

Ces exercices doivent rester progressifs et adaptés au niveau de chacun afin de développer les automatismes sans mettre les stagiaires en échec.

La progression se construit pas à pas, en sortant progressivement de sa zone de confort.

Bien choisir sa formation

Chaque été, de nombreuses personnes franchissent la porte d’un club ou d’une salle pour apprendre les bases de la self-défense.

Au-delà de la technique enseignée, la qualité de l’équipe pédagogique constitue le véritable critère de choix.

Une formation complète ne se limite pas aux gestes physiques. Elle doit couvrir l’ensemble du processus d’une agression :

  • l’anticipation ;
  • le repérage des situations à risque ;
  • le désamorçage verbal ;
  • la gestion du stress ;
  • les gestes d’autoprotection et de dégagement ;
  • les premiers secours ;
  • la prévention des conséquences psychologiques après l’événement.

Car, comme l’écrivait Sun Tzu dans L’Art de la guerre :

« La plus grande victoire est celle qui ne nécessite aucun combat. »

C’est sans doute cette philosophie qui résume le mieux l’évolution actuelle de la pédagogie : apprendre à se protéger, avant tout pour éviter d’avoir à se battre.